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Imit^rattg of ptttaburgli

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HISTOIRE

D E L A

LOUJSIANE.

lOME SECOND,

HISTOIRE

D E L A

LOUISIANEy

Contenant la Decouverte de ce vafte Pays; fa Defcription geographique ; un Voyage dans les Terres ; I'Hifloire Naturelle ; les Moeurs , Coutumes & Religion des Natu-s' rels , avec leurs Origines ,* deux Voyages dans le Nord du nouveau Mexique , done un jufqu'a la Mer du Sud ; ornee de deux Cartes & de 40 Planches en Taille- douce.-

Far M. Li: P ^ge du Pr a t 2;

lTome second.

A PARIS ,

/'OE BuRB, I'Aine, furleQuai des Auguftins; V a S. Paul. Chez-KLa Veuve Delaguette , rue S. Jacques, a- / rOlivier. vLambert , rue de la Comedie-Fran^oife.

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M. DCC. LVill.

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HISTOIRE

D E LA

LOUISIANE.

SECOND E PART IE,

CHAPITRE PREMIER.

Ves Graines & Legumes : Mankre de ferncr le Fvowent,

Ous avons vu dans la premiere Partie de cet Ouvrage quelle ctoit la iualite des terres de la Louiiiane : en exammanc la nature du terrein , nous avons re-« marque qu'il y avoir quelques Cantons plus propres a certaines efpcces de Piantes qu'a d'autres ; en meme terns nois avons trouve la pluparc de c^ Tome lU A

■g nijtoire

contrces en etat de produire &: d^'ame- ner a uneparfake marurite routes les graines qu'on voudroit leur coniier. 11 eft done a propos dans cette feconde Partie de prefenter au Colon induf- trieux les plantes & les arbres qu'il peut cultiver avec avantage dans ces .terres dont il a la connoiflance.

Je ferai en cette feconde Partie de rHiftoire de la Louifiane , aufii fidele & aulTi exud que je I'ai etc dans la pre- miere : je fuivrai toujours mon plan , &: je m'effcrcerai d'atteindre lebut que je me fuis propofe , qui eft d'inftruire raes Ledeurs. N'ayant que la verite pour guide, je n'apprehenderai point la plus fo'jgueufe critique ; & quoique denue des fecours deTuioquence , j'ofe efperer que ceux qui cherchcnt a s'inf- truirejliront avec quelque plaifirle de- tail que je vais fp.ire des produdions de la Louifiane &c des animaux qii'^Ue nourrit. Dans le fejour que j'ai fiiit dans ce Pays.ou j'avois une Conceflion & OLi j'ai demeure feize ans , j'ai eu Ic loifir d'etudier cette matierej& j'y avois fait aiTez de progres pour avoir envoye en France a la Compagnie des Indes trois cens plantes Medecinales dignes d'attention , 6c dans leur terre.

de la Loulfiane. ^

On ne doit pas cependant s'attcn- drc que je donnc ici la defcription de tout ce que la Louifiane produit dans Ic genre vegetal , fa fertilite prcdi- gieufe ne mepermettant point d'entre- prendre un pareilouvrage. Je parlerai particuliercment de ce qu'il y a dc plus utile aux Habitans , foit par rapport a leur propre {ubfidance & a leur con- servation , foit par rapport au commer- ce qu'ils en peuvent faire ; j'y ajoute- rai la maniere de cultiver & de fagon- ner les plantes qui font les plus avan- tageufes a la Colonie (i).

La Louifiane produit plufieurs for- uUnhht tes de Maliiz , f<^avoir le Mahiz a fa- rine ; il eft blanc , plat & ride , mais plus tendre que les autres efpeces ; le j ^^^ cfpeccj iVlahiz a gnd ou a gruau , celui-ci elt rond, dur & luifant ; de cette efpece ilyena de blanc^ de jaune, de roup-e & de bleu : le Mahiz de ces deux der- nieres couleurs ell plus commun dans les terres bautes que dans la Bcfl'e-, Louifiane. Nous avons encore le petit bled ou petit Mahiz, ainfi ncmmepar-

(i) Immcdiatement avant les rtjiexions fur /e Commerce on trouvera I'/lgricuture , ou manicrs de cultiver ^7" jaconner les denrties les plus utiles du Commerce.

Aij

:jj^ Tiifloirt

ce que {on efpece e(l plus petite que les autres ; on feme de ce petit bled en arrivant , afiin d'avoir promptement de quoi vivre , parce qu'il vient fort v]te & qu'il murit en fi peu de terns , que Ton en peut faire deux recokes dans un meme champ & Ja meme an- nee ; outre cct avanrage il a celui de flatter le goiit beaucoup plus que celui delagrolle efpece.

LeMah'z, que nous nonnmons en ^ ,^ . . France bled deTurquie J ell le grain propre cu rays, puiiqu on 1 a trouve cultive par les Naturels. II croit fur une tige de fix , fept & liuit pieds de hauteur , il pouiTe des 4pis gros envi- ron de deux pouces de diametre , fur lefquels on a cornpte fept cens grains & plus ; & chaque pied porte quelque- .foisfix6<: fept epis J felon la qualite du terrein. Celui qui lui convient le mi.ux tfl le noir Sc lesjer ; la terre for- te lui efl moins favorable.

Ce grain , comme on fcait , eft tres- Sfcnuiilue fain pour les hommes & pour les ani- maux, fur-tout pour la volaille. Les Na- turels i'acccmmodent de piufieurs fa- 90ns pour varier leurs mets ; la meil- leure efl celle d'en faire de la farine froide. Coriime il rr'eft perfonne qui, meme fans ^ppetit, n'en mange avec

de la Loii'ifiane. y

pi: ifir, j'e donnerai la maniere de le pre- parer,nfin que nos Provinces de France qui recueillent de ce grain en puifTcnt retircr la mcme utilicc.

On fait d'abord cuire a moitie c& bled dans I'eau , puis on le f<m cgoutcr & bien fecher. Lorfqu'il eftbien lee , Nfaniere d^n on le fait groler ou rouflir dans un ^-'iic imci.-n- plac fait cxpres , en ie melant avcc des ""' "°""i^"'^. cendres pour erapech.er qui! ne briile , 6i on le remue fans cede afin qu'il ne prenne que la couleur rouu'e qui lui con- vient. Lorfqu'il a pris cette couleur, 01 pafle toute la cendre , on le frot- te bien ^ &: on le met dans un mor- t'ier avec de la cendre de plantes de fa- violes fechees & un peu d'eau ; enfui- te on le piile doucemcnc , ce qui fait er^ver la peau du grain &c le met tout entier en gruau. OnconcaiTe ce gruau & on le fait fecher au Soleil. Apreis cette derniere opdration , cette farine peut fe tranfporter partout & fegarder fix nnois ; il faut cependant obfcrver qu'on ne doit point oublier de I'expo- ler de terns en terns aufoleil. Pour en manger , on en met dans un vailTeau le tiers de ce qu'il peut contenir ; on le remplit prefque entierement d'eau , £c au boat de quelquos minutes la faring

A iij

(? Hifloire

fe trouve gonflee Sc bonne a manger. Elle eft tres-nourrifiante , & eft une- excellente provifion pour les Voya- geurs &pour ceux qui vont en traiie c'eft-a-dire , faire quelque negoce.

Cette meme farine froide melee avec du lait & un peu de lucre peut- etre fervie ftir les meiiieurs tables y dans le Chocolat au lait elle fbutienc tr^s-long-tems.

On tire de Teau dc vie du Mahiz, & on fait avec ce grain une bicrre for- te & agreable ; tout le Pays & fur-tout les Coteaux fourniifent du Houblon en abondance.

Le Froment , le Seigle , I'Orge ie.s^e^picri'<)r!& I'Avoine viennent tr^s- bien dans ie&i'AYoine. la Louifiane ; mais je dois averrir d^u- ne precaution qu'il eft neceffaire de- prendre a I'egard du froment. Lorf- qu'on le feme feul , &: comme on fait en France , ii croit d'abord a merveille ; mais lorfqu'il eftenfteur, on voit au bas de la tige quantite de goutes d"*eau rouf- fe , qui s^y amaffent pendant la nuit a la hauteur de fix pouces & difparoiiTent au lever du Soleil. Cetce eau eft fi acre , qu''en peu de terns elle ronge la paille , & que I'epi tombe avant que le grain fe foit forme. Pour prevenir ce mai-

(h Id Loiiifianel J

hcur , qui ne vient que de la trop gran- de force du rerrcin , il faut meler le Mcthcc?c p-ur fromenc que I'on veut femer , de fci- '"'•>"cr ^^ I'ro- gle &: de terre fe'che, de telle forte "^"^^ qu'il y alt autant de terre que de fro- mcnr Sc defeiglc. Le froment ainfi fe- me chir cft^a I'abri de tout accident. C'eft iamethodeque j'aifuivie, & j'ai eu la fatisfadion d'envoycr a la nou- velle Orleans une gcrbe de froment , pour defabufer ceux qui pubiioient qu'onne pouvoit en recueillir dans ce Pays. Ainfi je fuis perfuade que lorf- que par une culture alfidue cette terre aura ete un peu degraiflce , on pourra fans crainte y femer le froment de la ir.ememaniere qu'on le feme en France. Ce qui m'eng^gea a faire cette ex- perience , fut ie fouvenir de ce que j'a- vois vii etant encore en France, dans une Province ou je fiufois batir. Un jour que je m'amufois a dialler, j'ap- , per^us un Laboureur quifemoitdu fro- ment mcl'i de feigle par moiiie ; je lui en demandai la raifon , vu que la ter- re me parol floit excellente. II me re- pondit que cette terre ctoit a la veri- te tres- bonne ^ mais en meme terns- trop neuve pour y femer du froment pur, qui ne pourroit foutenir facidede

Aiv

S Woire

cette terre qu'il venoit de defricher $c qui avoit ete unBois taillis comme celui que je voyois a cote ; au lieu que le feigle ne craignant point cet acide , conferveroit ainfi le froment;il m'ajouta qu'il en ufoit ainfi touces les fois qu'il femoit une terre nouveliement dcfri- chee. J'ai vu de I'orge & de I'avoine dans le Pays de trcis pieds de haut.

Ce Bis. Le Ris que Ton cultive en ce Pays a

dte tire de la Caroline. 11 reullit a mer- veiUe 5 & ^experience y fait voir , contre le prejuge commun , qu'il ne veut pas avoir tou jours le pied dans i'eau. On en a feme dans le Pays plat fsnsFinnonder, & on I'a recueilli bien nourri 5i d'un goiit tre? delicat. Cette flneife de gout ne doit point furpren- dre , elle eft le partage de toutes les piantes qui croiflent loin des lieux aquatiques & fans le fecours des arrofe- mens. J'ignore fi depuis que je iuis revenu de la Louifiane on a eflaye d'en f^mer fiar les Coteaux. On peut faire deux recoltes fur le meme pied ; mais la feconde eftmaigre fi on n'y met ras I'eau.

S^^Tiycs, On a trouve dans ce Pays des Fa« violes rouges , noires & d autres cou- Jeurs, que Ton a nommees feyes de

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de la Louifiane. cf

qutirantc jours , parce qu'il nc Icur Hiui: que ce pcu de tcniS pour croirrc &: ctre bonnes a manger vcrtcs.

LesFcves Apalachcs fonr ainfi nom- mces , parce qu'on Ics a rc'^ues d'unc (icsrcvci'/ipi- Nation dcNaturels qui portc cc norn. l'c:>^S' Us les tenoienc , felon loute apparca- ccs , des Anglois de la Caroline , ou elles avoient cteapporrces de Guince, Leurs tiges rannpent par rcrre de quatre a cinq piedsaumoinsde longueur, leurs fcuillcs font unics & a peu pros de la menie forme que celle du lierre qui s'at- tache aux murs ; mais elles fonc molles & grafifes ; elles font fennblables aux favloles ; quoique beaucoup plus pcti- tes , de couleur d<i chair bcizanec , ayant une tache noire aucour de I'en- droit par ou elles tiennenc a la goufle , qui efl de fix pouces de longueur, fou- venc dv fept & huit, & ou elles font au nombre pcur le moi^is de huit 5c quelqiufois dequinze. Ces (eves font lendres a cuire & tres delicates, mais douces & un peu fades,.

Les Pataies font des racines- plus j^^^ PataK.% GOmmuncmcnt longues que groiles ,* leur forme eft indi^ale , &lear- peajj fine ell lemblable a celle des top inam- b aufs. Kiles one la chair ^!x un goui: iu-»

A 7.

PO HiJIoire

ere de bons marcns. Pour en faire ve-

nir,on eleve la terre en buttes on en lit-

Ions elevfc's & larges d'un pied Sc demi,

afin qu'elle foic moins humide & que le

fruit air meilleur e:out : aufTi choifiNon Lieur culturct , i i n

la terre la plus maigre ^ comme celle

des Coteaux : on coupe enfuite psr- tranches les parates les plus menues, en obfervant qu'il y ait un oeii a chaque tranche ; car c'eft de cet oeil que fort la plante & fon fruit. On en met quatre a cinq tranches dans la tete de la but- te y en peu de temps elles poulTenc des tiges qui rampent fur terre , & qui ont jufqu'a quatre pieds Sc plus de lon- gueur. On coupe ces tiges a lanai-Aout a fept 6c huit pouces pr^s de terre , & on les piante couchdes en croix dou- ble,dans la tete d'aurres buttes que Ton a preparees. Ces dernieres font les plus eflim^es , tant a caufe de I'excellence de leur gout, que parce qu'elles fc; confervent mieux pendant I'Hyver. Pour les garder dans cette faifon , on les fait fecher au Soleil audi tot qu'el- les font arrachees , on les ferre en un. lieu bien fee & bien clos , & on les cou- vre de cendre, fur laquelie on repand ■Mm'cTc ie de la terre bien feche. On les fait cuire Its fiiire cuue. ^^jj^^^g jjgs inarons daos la braize , au

de la l.owJiane» I n

four , ou dans I'eau ; rnais la braize &: Ic four Icur donnent un mcillcur gour. Elles fe mangent (eches ou couples par tranches dansdu laic fans fucrc, parce qu'clles le portent avec elles j on en fait aulF) de bonnes confitures Quel- ques Frangois en ont tire dc i'eau de- vie.

Les G ronrionsfont des e^peces de potirons. II y en a de deux fortes : !es Glromon^ uns lonr ronds , &: les autresen forme de Corps de chaife ; ccs derniers font les meillcurs , ayant la chair plus fernie , d'un lucre moins fade , contcnant moins de gra.nes, &: le confervant beaucoup plus que les autres ;ce font aufli ceux dont on fait des confitures. Pour cet effet on les taille en forme de poire ou de quelqu'autre fruit , & on les confit ainfi av/ec fort peu de lucre , parce qu'i's ^^" bontf». font naturellement fucres. Ceux qui ne 1, s connoiifent pas. font furpris dc vo;r des fruits enriers confits, fans trouver au dedans aucun pepin. On ne manjj;e pas feulement les Giromons en confi- ture ; on les met encore dans la foupe*. on en fair des bignets , on les (ric;fie» on les f.'^it cuire au four & lous la brai' ze; $( de routes les fa§ons ils font bon?.. &.agrcdbies.

12 Hifloire

IMelons, Toute forte de Melons croiilent %

fouhait dans la Louifiane ; ceax d'Ef- pagne , de France , &r, les melons An- glois , que I'on nomme melons blancs , y font infiniment meilleurs que dans les Pays dont ils portent le nom : mais les plus excellens de tous font les melons Melons d'eau. d'eau. Comme ils font pea connus en France , ou Pon n'en voit gueres que- dans la Provence^ encore font- ils de la petite efpece , je crois que Ton ne trou- vera point mauvais q^ue j'en donne la. defcription.

Sad.efcr5prion. ,M'^^^/^ ce melon rampecomme celle des notres , & s etend jufqu'a dix : pieds de I'endroit d'ou elle fort de ter-- re. Elle efl fi delicate, que lorfqu'on I'ecrafe en marehant deflus , le fruit meurt ; & pour peu qu'on la froiffe , il s'echaude. Les feuilles font tr^s de- couples, d'un verd qui tire fur le verd demer,& larges commela main quand ellesfont ouverces. Le fruit eft ou rond comme les potirons, ou long : il fe trouve de bons melons de cette der- niere efpece ; mais ceux de la premiere efpece font plus eftimes , & meritenc de Tetre. Le poids des plus gros pafle rffrement trente livres j mais celui des plus petjts eft toujou/s au delfus de d'la

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yM^i'/o/L ()cYi/f^

Sa Crrcu/te

e^rt plate

S<7/i Fru/t un vuxCct

Sao £'(fiurc''^:f:£^ dc larx/c

de la Louijlane. i 5

Jivres. Leur cure cfl d'un vcrd pale , meic de grandes caches blanches, &: la chair quitouche a cette cote eft blan- che , cruc , 8c d'une verdenr defagrea- ble ; aufll nc la mange-t-on jamais. L'intdricur efl rempli par une fubftan- ^^ ^onnc jui- ce lcgerc.& brilbnte comrae unt neige I't'-^- qui feroir de couleur de rolV : cl;e fond dans la bouchecomme feroit la neige meme , Sc laide un goiir pareil a celui dc cette eau que Ton prepare pour les malades avec de la gelc':^ dc grofeille. Ce fruit ne peut done erre que tres rafraichiifant , & il ell fi lain que de ^

quelque maladie que Ton ioit attaque , on peut en fatisfaire- fon appctit fans crainted'en etre incommode. Les me- lons d'eau d'x^frique ne font point a beaucoup pres fi delicieux que ceux de la Louifiane.

La graine du melon d'eau eft placce sagraine. comme celle du melon de France ," fa figure eft ovale , plate , auili epailTe a fes extremites que vers fon centre , & a environ fix lignes de long fur quatre de large : les unes I'ont noire & les aucrcs rouge ; mais la noire eft la meilleure;, & c'eft celle qu'il convient de femer pour crrc allure d'avoir de bons fruits , pourvu qu'on ne la metre pas dans des

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CHAPIT5.C: EL

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LA Viiifftx; (di li ogtPinam* cferc* til <am^ cents lieutts v£r$ lit N^td ^ via mj

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I '4 Hifloire

terres fortes , ou elle degenereroit 8t deviendroit rouge. liegumes d'Eu= Tous Ic" Legumes que I'on a por- """" tes d'Eiirope en certeColonie y reuflif-

fent mieux qu'en France , en les met- tan: toutes foisdans un terrein qui leur convJenne , car il y auroit de la fim- plicite, pournerien dire de plus , de croire que lesoignons & autres plantes bulbeufea y viendroient dans un terrein mol & aquatique , lorfque par tout ail- leurs il leur fauc une terre feche 6^ legere.

de la Louijiane,

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CHAPITRE II.

T>cs Arbres Fruitier s de la Louijiane,

LA Vigne eft fi commune dans h LaVij%, Louifiane, que de quelque cot^ que I'on aille , depuis la Core jufqu'a cinq cens lieues vers le Nord , on ne peut faire cent pas fans en rencontrer ; mais a moins qu'il ne s'en trouve quel- que ceps hcureLilement cxpofea decou- vert , on ne doit point s'attendre que fon fruit ait la maturite requife. Les arbres auTquels elle s'attache iont fl hauts, d'un feuillage (i epais , & ieurs intervalles fi remplis de cannesdans les bas fonds , que le Soleil nepeut cchauf- fer la rerre ni murir le fruit de cetre plante.Je n'entreprendrai point de dd- crire routes les efpecesde raifinsque ce Pays produit , il n'eft meme gucres pof- fible de les connoitretoutes ; je ne par- Icrai feulement que de trois ou quarre. _ Le premier Raifin dont je ferai men- g^^ ^j.^^^^^ tion n'en mcrire peuterre pas le nom, quoique fon bois & fa feuille ioknt ^^l'^^"^'"' '^' aifez femblables a la vigne ', il ne vienc

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1^6 Hiftoire'

point par grappes , &c or> n'en volt Ja* iTiais tout au plus que deux grains ea- femble. li a la forme a peu-prcs, la ecu* leur & la chair de la prune de damas vio- let , 8c fon pepin qui efl toujours uni- que, reflemble fort a un noyau. Quei- que fon gout n'ait rien de gracieux , il n'tfl: pas cependant de I'Screte defa- greabledu Raifin que i'on trouve aux environs de la nouvelle Orleans. SurleborddesPrairieson trouve une Autre r vigne doncle farment relTemblea ceiui ce« du Raifin pineau de Bourgogne. On tire

de fon fruit un vin affez pailable , lorf-- qu'on a I'atcention drFexpofer au So- leil en Ere , & au froid en Hy ver ; c'^ft une experience que j'ai faite, & je dois ajouter que je n^'ai jamais pu en faire du vinaigre.

li efl: un autre Raifin que je ne ferai

Ra5/IndcC--F^5^^ de difficult^ de ranger dans la

rinthe. clsile des raifins de Corinthe. II en a le

bois , la feuille, lagrofleur & ie fucre.

La verdeur qu'il conierve ne vienu que

du dtf,ut de raarurite qu'il ne peur ac-

qucrir dans Tombre epaifie des grands

arbicsaufquelscette vigne s^attache.S'ii

. etoit piante &;cuitive en plem Chan^p,

je ne doute point qa il n'egdiac Je railm

deCorinci.e ?,uquei je railocie.

de la Louifiane. 1j

On a trouvdfur des Coccaux bienex- porcs,a la hauteur de trente & un degr^s de latitude Nord, des Raifins mufcats de couleur amorce, de trcs bonne qua. iite&: fort lucres : toutes les apparen- ccsfontqu'on en fcroitdetres-bon vin, connmeonnepeut douter que ce Pays n'en produilit d'excellent , puifque dans le terrein humide de-la nouvcUe Orleans les plans que quelques Habitafis decec- te Ville ont apportes de France, one fort bien reulfi , & leur ont donne de bon vin.

Je ne puis m'cmpecher a ce fu jet de rapportcr ce qui arriva dans cette Capi- tale c^ un Habitant , par ou Ton pourra connoitre quelle eft la fertiljte de 1^, l^o^tk Ven- i^ouiiiane. n avoit plante rians ion jar- mme Ete. din une treille de ce mufcat, dans le dfclfcin d'cn faire par la Jfuite un ber- ceau. Undefcsenfansentni avcc un pe- tit Negre dans le jardin , qui fe trouva ouvcrt par hazard ; c'etoir au mois de Juin , terns ou le raifm cftdeja HiUr en ce Pays. Ces deux enfans aitaquerent unegrappe de miifcat ; 6c n'efpcrant pas avoir le temps deia manger (ur le lieu, jls reunirent leurs efforts pour I'arra- cher &:remponer.Ils en vinrent a bout an calVant le bois d'ou peqdoit la ^rap-

iS HiJIoire

pe. Le pere furvint, & apres le bruL ordinaire en pareille occafion , il cou- pa & tailla ce farment calTe. Comme on avoir encore plufieurs mois de bel- le faifon , le cep pouifa de nouveau bois J & donna encore du fruit qui murit & fur auffi bon que le premier. Le Piacminier, que les Francois de la Colonie nomment Piacminier , a la feuille & le bois affezfemblable a notre Piacminier. Nefiier : fa fleur, large de quinze lignes, eft blanche, 6c compofee de cinq pena- les. Son fruit eft gros comxe un gfos- oeuf de pouie ; il a la forme de nos ne- fles,mais U\ chair eft plus delicate & p'us^ fucrce. Ce fruit eft aftringent. Lori^ qu'il eft bien mur , les Naturels en font du pain, qui fe conferve d'uiie ann^e k Fautre; 6l la verra ae ce pain, pi-US'

miuier. ^ qu il n'eft cours de- ventre ni diftenterie qu'il n'arrete ; auHi n'en doit-on ufer qu'avec prudence & apres s'etre purge,- Pour faire ce pain , les Naturels ecrr.fent le fruit dans des tamis fort clairs pour feparer la chair de la peau & des pepins. De cetterhair,::]ui eft comme une bouil* lie epaiife & de la pate , ils font des pains longs d'un pied 6c demi, larges d'unpiedjSc epais d'un doigt,qu'ils^

de la Louif/anc, ip

mettent fccher au four fur un gril , ou bicn au Solei). Dcccrte dernicrc fa^on le pain confcrve plus de gour.C'cfl: une dcs marchandiles qu ils vcndcnt aux Francois.

Les Pruniers font de deux cfpe- ces : la meillcire eft ccl.le qut donne des prunes violettes qui ne font point dcfagreables , & qui certainement fc- roicnt bonnes fi elles ne croilToient point au milieu des Bois. Cette forte Piunicr, de pruniers eft en tout femblable aux notrcs. L'autre efpece porte d:s pru- nes de couleur de ccrife vive ; le fruit en eft fi aigre, qu'on ne peut ea manger ; mais je penfe qu'on pourroit en faire des confitures comme de gro- feilles, fur-tout {i on fe uOinic-it la peine de les cukiver en pleine terre,.

Dans cette Province les Merifiers ne font point rares ; leur bois eft tres beau, & leurs feuilles ne diffe- rent en rien de celles du cerificr. Le fruit mis dans de I'eau de vie fait une bonne liqueur; il neft pas necef Merifier. faire d'y mettre du fucre, ce fruit en ayant alfez de luimeme.

Les Affeminiersne vicnnent que fort avant dans la Haute Louifiane : il fem- blc que ces arbres n'aiment point la cha-

Ko Hifioire

leur. lis ne font point fi hauts que les

praniers ; leur bois efi: extremement

Affeminier, Qur&liant j car les branches baflfes font quelquefois fi chargeesde fruits, qu el- les pendent perpendiculairement cen- tre terre ; & fi on les decharg^e le foir des frisks qu'elles portent , le lende* main matin on les troave redreflees, Le fruit reflemble a un concombre de moyenne grolfeur ', la chair en eft tres- agreable &c tres-iaine ; mais la peau qui' fe leve aTerr.ent lai(fe aux doigts un aci- de fi vif j-que 11 fans les laver auiTi-tot on les porte aux yeux, Finil-amnvation s'y met avec une deonangeaifon infup- portable; mais ce mal ne dure qu'un- jour , & n*a point d^autres fuites.

Les Nsturclg avoienr fans doute ti-- res de la Colonie Angloife de la Caro-^ line les Pechers & les Figuiers qu'ils^ avo'entylorrqueles Francois fe font eta- biis dans la Louifiane.

Les Peches font celles que nous nom- Pecher. Fi- mons Alberges ; elles font groifes com-

gmer, ^^^ j^ p^j^g ^ ^^ qulttcnt pas le noyau,

& ont une eau fi abondante, que I'on en fait une efpece de vin. Les Figues font ou violettes ou blanches, groffcs Sc d'uu^ ailez^ bon gout.

/V^//////^V' </<'///'/•!/// Ii> /ytJUi/.r i/,' /i^iu/

-jy ///^c^T d^wti'u-c'n >? i^t^<£^<- cte Aau/

de la Louipane, d

Culture ^ Froduit dcs Pkhers.

Pour avoir des Pcchcrs > on plante des noyaux dePeches a la fin de Fe- vricr ; on laifle croitrc ccs arbres , ccmrne tous ceux du Pays en plein vent. Des-la troifieme annce , on re- cueille au moins deux cens peches fur le memo arbre ; la quatricme annqe en rapporte jufqu'a quatre cens , 6c i arbre produin de meme chaque annee Tefpace de neuf ou dix ans, au bout du quelTcms il mcurt. On fe confole c.ifement de cette perte , parce que Pon a du terrein excellent & en quantite , pour en faire venir a difcretion , ce qui ne coute que la peine de mettre de terns en terns quelques noyaux en terre : d'ailleurs les recoltes abondan- >tes que I'on a faites fur un arbre li fe- coad & en fi peu de tems, font que Ton fe conforme fans murmure , aijX loix de la Nature , qui ne permet point que ces arbres vivent plus long-tems. Les Grangers & les Citronniers que Ton a apportes du Cap Franfois , ont fort bien rcufii : cependant j'ai vu ur» Hyvcr fi rude,quc les arbres de cetre ef- pece furent tous gelcs jufqu'au tronc, Oniescoupaaraie terre , dc ils repo^f-

^2 nijioire

ferent destigesplus belles qu'aupara- ^ ^ vant. Si ces arbres ont rculTi dans \e

ticiueis. terrein plat & humide de la nouvelle Orleans, que n'endevroit-on pas efpe- rer dans une terre ineill£ure,.& fur des Coteaux bien expofes? 11 ne doit point paroitre etonnr,nt que dans un Hyver tres-rude , ces arbres ayent .beaucoup fouffert ; lis etoient dans une terre trop aquatique, Sciieflbonde faire atten- tion qu'on ne les encaifle point commc en France, & qu'iJs font ainfi expofes a toutes les injures de I'air. Les oranges & les cirrons font aulli bons qu'ailleurs ', mais I'ccorce de i'orahge en particulier eft tres epaifle, ce qui la rend plus con- venable a en feire des confitures.

On ne manque pas dans hi Louifiane ^e Pommiers {'auvagcs fembiables aux notres. II s'y trouve a preftnt des arbres fruitiers portc's de France, conrime pom- miers, poiriers pruniers , cerifiers & autrcs lemblabks , qui dans les terres baffes, produifent plus en bois qu'en fruits ; au lieu que le peu que j'avois aux Natchez , prouvoit que les terres Poirmkrsihautes Icurfont plus favorables.

Poiriers &.au- Le Bluet eft un arbufte qui exce-

' de de peu nos plus grands grofeillers,

que Ton iaiiitroit croiire fans les arre-

' de la Louifuvie. 25

ter. Scs fruits font bleus &c dc la for- me de la grofciWe , mais detcich(:s les uns dcs autrcs & non par grappes. Ces grains ont un gout dc groleille fucree ; on en fait une iiqueir tr6s-agre<'.blc en Ics mertant dans dc I'eau de vie,mcme fans fucrc. On lui attribue plufieurs vertns,quejenc connois pas afl'cz pour nuet. pouvoir en repondre. Cet Arbufte fe plait dans una terrc maigre &: grave- leufe.

La Louifianne ne produit point dc Muriers noirs ; nnais depuis la mer juf- qu'aux Arkanfas, ou i'on connpte deux cens lieues de navigation par le Fleu- ve , on en trouve trcs-communemenc de trois efpeces : I'une a fon fruit rou- ge clair, la feconde le porte abfolu- ment blanc, & la troifieme blanc & fu- cre. La premiere de ces efpeces eft tres-commune, mais les deux derniercs font plus tares. Avec les Mures rou- Murie^ ges on fait de tres-bon vinai^re qui fe con(erve long-tems, pourvii que I'on ait la precaution , loriqu'il eft fiiit , de le tenir a I'ombre & bien bouchc, au contraire de ce que Fon fait en Fran- co. Au bour d un voyage de cinq ou fix mois , j en ai f.ouve dans nia mai- ibn, qui ctoic tr^s-bon ik fait queique

i-^aj* Hijiotre

terns avant mon depart. On en fait -yinaigre de aulTi avec des mures de ronces, mais il

3^iures. ^>^^ pgg tout- a fait fi bon que celui

dont je viens de parler. Je ne doute point qu'a prefent on ne s'applique ferieufement a la culture des muriers^ pournourrir des Vers a foye, travail qui n'eft au fond qu'un ouvrage de femmes & d'enfans , fur- tout depuis que les Pays voiiins de la France , ou elle fe fournifloit de foye , en ont rgn- due lafortie difficile. Olivierr. Lcs Oiiviers dans cette Colonies font d'une beaute furprenante : la ti- ge jufqu'aux branches a quelquefois trente pieds de liauteur, & un pied & demi de diametre. Les Provengaux qui font etablis dans la Colonic , alTu- Hiiiied'Oii-''^'''^ qu'avec ces olives on feroit d'auf-

^6s. f] bonne huile que dans leur Pays. On

a prepare de ces olives pour les man- ger vertes > qui fe font trouvees audi bonnes que celles de Provence; j'ai lieu de croire que fi on en plantoit fur Jes Cotes, elles feroient d'un gout plus iin.

Les Noyers font en tr^s-grand nom- bre dans ce Pays & de plufieurs efpe- ces; leur feuille eft femblable a celle des notres; & proportionnee a la grof-

feur

de la Loui/iane. i^

feur du fruit qu'ils portent (i). II en efl: dc Ucs-gros , dont le bois cfl prcf- que aufll noir que I'cbenc ; mais il a les pores trcs ouverts Lcur Fruit avec fon bois efl: de la grofTjur d'un oeuf de poule; la coque en eft trcs-raboteufe, lanscefures, & fi dur, qu'il fiut un marteau pour ia carter. La chair eft en? veloppee dun bois fifort, que quol- qu'elle foit d'un tres-bon gout, la dilli- culte de les tirer en fait perdre I'envie; cependant les Naturels en font du pain. Premiere ef- Comme ils venoient en ramaffer fur^"'' ma ConcefTion, ou j'en avoisunBois de Haute-Futaye d'environ cent-cin- quante arpens , je fus curieux de voir par quelle induftrie ils parvenoient a detacher cette chair de fon bois. Je les vis J apres avoir cjifle & pile les noix, les mettre dans de grands vaiflTeaux, ou lis jetterent beaucoup d'eau ; ils frot- terent enfuite ccrte efpece de farine, & la manierent long-tenpiS entre leurs mains , de forte que le bo":s Si Thuile de lanoix, qui eft tr^s nbondante dans ce fruit, vinrent au-dcffus de I'cau,^ la chair degrailTee tomba au fond par

(i) II y a un autre N^yer donf le fruit eft Icmcme, maisdont le bois eft trCs blanc. Tome i/, B

2.6 ^Hijloire

fon propre pcids. 11 efi a prefumer qu'en greffant ces arbres avec du Noyer de France , on parviendroit a, les rendre plus utiles, ^rolfieme cf- D'autres Noyers ont le bois tres-

pepfi' blanc & tres-liant. C'efl de ce bois que

les Naturels font leurs pioches courbes pour farcler les Champs. La noix en eft plus petite que les notres, & laco- que plus tendre 3 mais la chair en eft fi amere , que les Perroquets feuls peu- vent s'en accommoder ; elle ell: pour £ux le mets le plus friand , ce qu'ils te- moignent par leurs cris continuels , lorfqu'lls font perches fur quelques-uns de ces arbres. _, . II V a encore les Pacaniers dont le

fruit eft une efp^ce de noix fort petite,

giameme ef- ^ qu'on prendroic au coup d'oeil pour des noifettes , parce qu'elles en ont la forme, la couleur, & la coque aufli tendre ; mais en dedans elles font figu- rees comme les noix : elles font plus de-

« , , p iicates que les notres, raoins huilleufes

caries. & d'un gout (i fin, que les Francois en

fpjit des pralines aufli bonnes quecelles d'amandes. Noifettier La Louifiane produic des noifettes , mais en petite quantite, parce que le Noifetier demande une terre maigre &

dc lit Louifiane. 27

graveleufe, qui ne fe trouve dans cctce rrovince que dans le voifinage dc la JVler, & lur-tout vers la Riviere de Mobile.

On ne rencontre de Maronniers qu'a MaronnlcM cent lieues de laMer, loin des Rivieres au fond des Bois, entre le Pays des Chat-Kas & celui des Tchicachas : auf- fi n'en a t-on qu'avecpeine Leur fruit efl: audi gros &c aufli bon que ^nos ma- rons de Lyon.

Les Chataigniers ne viennent gue-

Chatalgnicrt

res que lur les Ceteaux les plus eleves, c'eft-a-dire , dans les terres les moins gralTes. Leur fruit eil femblable aux chataignes qui fe trouvent dans nos Bois. 11 ell: encore une autre efpece de Chataigniers que Ton nomme Chatai- gnier-gland , parce que fon fruit efl de .9^"^]P" ^^ la forme du gland & vient dans une coupe pareille ; mais il a la cou'eur 6c le gout de la chataigne ; le bois & la feuille font les memes que du Chatai- gnier. En le voyant j'ai pcrf-qu'iletoit fans doute ce gland dont on dit que vivoient nos premiers peres.

Le Copalm reunit deux grandes qualites; Tune, d'etre extreaiement comaiun » I'autre de donner un baume dont les vertus font infinics j fon ecor-

Bij

-z8 Bifiolre ^

rjtopalm. ce eft dure & noire , & Ion bois fi ten-

dre & fi fouple,qu'en rabbattani il fort

de Ton cosur des baguettes de cinc] a fix

^^4defcr5ption.pieds de longueur. On ne peut I'em-

ployer a aucuns ouvrages a caufe qjLi il

travaille fans ceiTe, & fe tourmente de

telle forte , qu'il fe met dans des figu-

guhLlr '"''''res (urprenantes que I'on.ne voir dans

aucun bois du monde. On n ofe meme

k bruler parce que fon odeur eft trop

forte, quoiqu'elle foitagreable lorfqu^

I'onn'en bmle qu'une petite quantitc.

' Sa feuille eft decoupee en cinq comm.e

une etoile. ^ a A' -}

Je R'entreprendrai point de detail- ler toutes les vertus du baume de Co- palm , ne les ayant point toutes appri- fes des Medecins Naturals de la Loui- ■finne oui feroient aufli etonnss de voirquii ne nous fcrt que pour taire des vernis , qu'ils I'etoient lorfqu'ils voyoient nos Chirurgiens faigner Icurs . malades. Je dirai done feulement ce qu'ils ro'en ont decouvert.

Ce baume eft un trb excellent fe- brifuge : on en prend a jeun & avant fes repas dix ou douze gouces dans du bouillon : quand meme on en mettroit davantage . on ne doit pas craindre qu'il falfe aucun mal , il eft trop ami de ':]a natujce. Les Medecins Naturels ob-

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i (^/yiZ//fi </«/■ i>f\u/{u/ /^' JJ<\ni/>U' Jr . K -.

de la Louijiane. if^

fervent de purger le malade avant de Te (lonncr. 11 gucrit Ics blcflurcs en deux jours fans aucunes mauvaiics fui- tes ; il efl: egalerneric fouverain pour toures lortes d'uiccres , aprcs y avoir applique pendant quelqu^s jours un crnplncie de lierre terrcllre pile. 11 gucrit la pulmonie^, il Icve lesobftruc- tions, il delivre de la coiique & de toutes les maladies internes, il rcjouit le cajur j eniin, ii renlcrme tant de vertus, que j'apprens avec plaifir que tous les jours on lui en decouvre de nouveilcs.

Scnbauraci-

Bii

'')

30 H//?

oire

CHAPITRE III.

Des Arhres de Imutes futayes : Leurs qualites : Leur utilite : Man'iere de conjlruire iine Pirogue : Fafon de la cire qui crott fur VArhre Cirier.

Ccdre, -|* j; 5 Ccdres biancs & rouges font JLj tr^s - communs fur la Cote ; ce bois, comme on fgait , ed: incorrup- tible , tenclre & facile a travailler , le- ger , & par confequent aife a tran (por- ter, & d'une odeur agreable , mais fl forte qu'elle fait fuir tous les Infedles. Tomes. ces proprietes Pavoient faic employer preferablement aux autres bois par les premiers Francois qui fe font eiablis en ce Pays , pour furmer leurs maifons , qui etoient d'une char- penre peu elevee.

^'P''^' Le Cipre cflapr^sle Cedre le bois le

plus precieux ,* quelques-uns le difent incorruptible ; s'il ne Tefl: pas , il faut du moinsunelonguefuited'annees pour le pqurrir. L'srbre que i'on a trouve cn tene a vingt pieds de profondeur

Tap -3

SdJ^cui/L

Sa 2^aidifance

de la Loulfiane. 5 1

pres de la nouvellc Orleans , ctoit un ci^ire ; il n'ctoic point corrompu ; ce- pcndant i\ en cent ans la terre de la BafTc Lcuifi^ne eft augraentee de deux lieucs , il eft neceftaire qu^il y ait plus de douze ficcles qu'il (bit en terre (i), Cet arbre s'<;leve extremement droic & haut , 6c acquiertunegrofTeur pro- portionnec. On enfait communcmenc des Pirogues d'un feul tronc d'un pou- ce & plus d'epaifleur , qui portent des trois & quatre nnilliers , il s'en fait en- core de plus gi'oflTes : il y a un de ces ar- bres (2) au Baton Rouge , qui a douze brafles de tour & une hauteur tdut-a- fait extraordinaire: lecipre a peu de branches : fes feuilles font tres-longues & menues , & I'on voit fortir de fon pied des cotes qui lui fervent decontre- forts. & qui font faillantes quclquefois d'un pied & demi. Son bois eft d'unc belle couleur tirant fur le rouge , il efttendre, leger, doux , uni ; le fil en eft droit , &. les pores en font fins. II ne fe fend point de lui mejne, mais Excelfenft? feulement be fans peine leas I'outil